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Critique : Interstellar de Christopher Nolan

Critique : Interstellar de Christopher Nolan

Commençons par la fin. Interstellar est un bon film, voire même un excellent blockbuster. Et rares sont les réalisateurs actuels, auxquels on confierait un tel budget, capables de le mettre en scène avec autant de talent. Les qualités de Christopher Nolan, on les connaissait déjà avant ce 9ème long métrage, mais il ne cesse de les confirmer de film en film. Et il est assurément l’un des réalisateurs qui marqueront le cinéma de notre époque.

En sortant de la séance, il y a deux jours maintenant, j’étais dans un premier temps véritablement soufflé par ce que je venais de visionner. Pendant 2h40, je suis resté scotché à mon siège. En cela, Insterstellar est donc indéniablement une grande réussite. Pourtant, à peine une heure plus tard, je sentais diverses frustrations monter une à une. Pas nécessairement toutes pour des points très importants du film, mais mises bout à bout elles m’empêchent aujourd’hui de considérer le film comme l’une des pièces maîtresses de la filmographie de Nolan.

Il y a tellement de choses positives à ressortir du film qu’il est compliqué de toutes les citer. Sur la forme, le résultat frôle la perfection. Tout du long, les images sont magnifiques, mention spéciale à notre bonne vieille et poussiéreuse Terre. Même sans Wally Pfister, la photo est toujours aussi belle et le travail sur le montage faramineux. Grosso modo la même rengaine que pour toute l’oeuvre du metteur en scène donc inutile de trop s’y attarder.
Oublié aussi le jeu catastrophique de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, cette fois le casting est parfait. Matthew McConaughey confirme qu’il est l’homme du moment. Anne Hathaway et surtout Jessica Chastain (troublante ressemblance dans le regard avec la jeune Mackenzie Foy) remplissent très bien leurs rôles et j’ai été agréablement surpris de retrouver le sous-exploité Topher Grace (ex-rôle principal de That 70s’ Show), même si c’est pour un rôle assez anecdotique.

Le postulat scénaristique de départ est basé sur des faits scientifiques intéressants et crédibles. Je ne saurais dire à quel point ils sont véridiques mais cela importe finalement peu. Ils ancrent le récit dans une certaine réalité, comme Nolan aime le faire, pour mieux pouvoir s’en départir plus tard. Le cadre spatial est poussé, documenté, explicité au maximum mais finalement dans l’immensité de l’univers la seule chose qui compte vraiment aux yeux de Nolan reste la relation et l’amour qui lie Cooper à ses enfants. Certes quelques passages frôlent légèrement la niaiserie mais le dosage reste suffisamment bon pour obtenir des scènes poignantes sans forcer la recherche des larmes et le réalisateur ne perd jamais de vue cet objectif. La survie de l’humanité en devient presque secondaire par moment. Réputé assez « froid », le cinéma de Christopher Nolan passe un cap avec Interstellar.

Ce qui fait plus débat, ce sont certains choix scénaristiques et rythmiques. Christopher Nolan semble parfois tiraillé entre sa préférence à l’approfondissement des personnages et le cahier des charges inhérent à une production d’une telle ampleur. Ainsi il prend son temps pour mettre en place ses personnages, qu’on comprenne ce qu’ils ressentent et puisse se mettre à leur place. Mais paradoxalement il oublie en route la phase d’acceptation du voyage par Cooper. On pourrait presque penser que quitter sa famille n’est pour lui qu’une formalité alors que la suite du film revient sans cesse sur la déchirure irréparable provoquée par cette séparation. Une ou deux scènes sur le sujet n’auraient clairement pas été de trop.
Au lieu de ça, Nolan nous impose des scènes de vulgarisation scientifique superflues (le chemin le plus rapide pour aller d’un point A à un point B, l’huître et sa perle, etc…). Et de façon plus générale, j’ai ressenti un irrépressible besoin de sur-explication aussi bien les théories dont découlent le scénario que le scénario en lui-même.
Sans trop en dire pour ne pas spoiler, il est dommage de pouvoir deviner ou au moins fortement se douter du principal rebondissement final durant la première heure du film. Peut-être est-ce parce que je commence à connaître par cœur les mécanismes des frères Nolan qui aiment jouer sur les faux-semblants et la temporalité. Peut-être qu’il sera bientôt temps de se renouveler un peu sous peine de devenir trop prévisible. Quoiqu’il en soit, les rebondissements concernés restant forts même en les soupçonnant, mais j’aurais aimé que de temps en temps le film laisse un peu plus de place au mystère ou du moins à la réflexion, qu’il soit moins dirigiste.

Dernier regret, je n’ai pas trouvé le dernier quart d’heure aussi bon que le reste. L’impression que Nolan perd le contrôle de son film, son inspiration et que ça va trop vite. Un peu le même syndrome que sur The Dark Knight Rises en quelque sorte, en moins bâclé.

Pour finir sur une note plus positive, un grand chapeau à Hans Zimmer pour sa B.O. Sûrement l’une des ses plus belles, que je me suis empressé de réécouter une fois rentré. Elle fait honneur à un film qui marquera dans tous les cas l’année 2014. Et peut-être plus.

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