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Rétrospective : l’esprit du Saïan Supa Crew vit toujours !

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Rétrospective : l’esprit du Saïan Supa Crew vit toujours !

Même si les chances de les revoir un jour tous ensemble sur scène paraissent aujourd’hui proches du néant, l’aura du Saïan Supa Crew continue d’imprégner encore aujourd’hui la musique, et ce en étant loin de s’arrêter aux frontières du Hip Hop. Retour sur le parcours de ses membres dont la carrière est encore loin d’être finie.

La genèse

Souvent considéré à tort comme un groupe, le Saïan Supa Crew se définissait plutôt en tant que collectif. Et au moment de sa formation autour du début d’année 1998, il regroupait en son sein plusieurs entités se croisant alors régulièrement dans le même studio d’enregistrement. Trois groupes alors inconnus du grand public mais dont la popularité allait rapidement largement dépasser les frontières de l’hexagone :

  • Explicit Samouraï est alors le duo formé par Leeroy Kesiah et Specta mais aussi par le DJ Eddy Kent. Ils représentaient en un sens la composante la plus « rap » et « street » du collectif.
  • De leur côté, Sir Samuel et Sly The Mic Buddah formaient Simple Spirit, face la plus chantante du Saïan.
  • O.F.X. était lui formé par Féniksi, Vicelow et KLR

Ensemble ils forment un crew dont l’hétérogénéité d’influences pouvait au départ laisser perplexe mais c’est pourtant cette richesse qui fera bien vite leur singularité et leur force.

Leur premier fait d’arme commun parait la même année : le maxi Saïan Supa Land n’est alors édité qu’à un millier d’exemplaires. Une introduction puis 3 morceaux, un par groupe, avant de clore par les vrais débuts du Saïan via deux pistes sur lesquelles leur style est encore balbutiant mais sur lesquels on ressent déjà une certaine complémentarité et plein de promesses pour le futur. Suffisamment en tout cas pour se faire remarquer par le label Source, à l’époque prompt à aller chercher les artistes à la fois les plus originaux et porteurs dans les années 90 (Air, Phoenix, Etienne de Crécy, Sinclair,…).

C’est lors de l’été 1999 que je découvre personnellement le Saïan, à travers un second maxi éponyme disponible cette fois un peu plus largement. Le coup de foudre pour leur style est immédiat. Et le maxi contient à peu près tout ce qui fera l’essence du collectif : une technique folle, de la bonne humeur, des origines culturelles et musicales multiples, sans oublier une vraie originalité dans le paysage rap, loin des clichés qui ont à l’époque encore la vie dure. Le temps d’une interlude prétexte à montrer leurs qualités de beatboxers, on y découvre déjà une ébauche de ce qui deviendra quelques mois plus tard et un peu par hasard leur plus grand tube « Angela » . Mais on y reviendra plus tard.
A noter aussi qu’une seconde version de ce maxi sortira l’année suivante, agrémenté de quelques nouveaux morceaux dont « Y’a » qui fait pour moi partie de leurs meilleurs titres et le très fun « Y a-t-il un Père pour sauver les rennes ? » que je ressors tous les ans en fin d’année.

L’âge d’Or

A peine a-t-on le temps de profiter de ce premier opus réussi chez le label Source que le premier véritable album se profile dès novembre 1999. Il s’appelle « KLR » , en hommage au 7ème membre du Saïan tragiquement disparu quelques mois plus tôt dans un accident et qui se voit également honoré d’un émouvant titre en clôture des 20 pistes qui le composent.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le collectif en avait vraiment gardé sous le pied. L’album est d’une richesse et intensité stylistique rare. Tous les genres inspirant ses membres sont passés à la moulinette : rap, reggae, dancehall, soul, beatbox et intermèdes plus théâtrales viennent tour à tour ponctuer un ensemble, certes encore imparfait, mais d’une cohérence et une fougue étonnante. Et alors qu’on n’imaginait pas forcément entre nous qu’un tel succès puisse se profiler pour le groupe, son aura explose rapidement avec les singles « Raz de Marée » , « La Preuve Par Trois » et « Ragots » (dont l’aura s’exerce dans plusieurs pays européen et notamment en Allemagne où le Saïan devient assez populaire) et bien évidemment « Angela » , teasé donc dans le maxi précédent et présent sur l’album en deux versions. La toute première, sûrement celle que j’ai le plus écoutée, prenait plutôt des accents zouk tandis que la version single qui deviendra le hit qu’on connaît viendra y mêler un peu de salsa et ajoutera un dernier couplet.

« KLR » se vendra à environs 500 000 exemplaires et le Saïan se retrouve donc soudainement propulsé, à juste titre, comme l’un des fers de lance du Hip Hop français.
Ce que l’histoire ne retient en revanche pas toujours, c’est que le groupe ne doit pas son succès qu’à « Angela » , loin de là. Les 100 000 premiers exemplaires de l’album et donc la barre fatidique du Disque d’Or à l’époque, furent franchis sans aucun passage radio ni télé. C’est par la scène principalement que le groupe a convaincu le public les premiers mois. Et ce n’est qu’une fois ce chiffre atteint que les médias ont commencé à s’intéresser au groupe et « Angela » choisi par le label pour promouvoir plus largement l’album.

Et si les singles viennent le plus souvent donner une image très festive et un peu rigolarde au crew, les 6 rappeurs savent pourtant aussi déjà évoquer des sujets plus graves et sensibles. « Que Dit-on ? » est un titre fort évoquant les méfaits de la drogue, « Soul mwa pas » évoque sous ses airs langoureux les difficultés que peuvent connaître les couples de couleurs différentes et le racisme est également au coeur de « La Preuve Par Trois » . Ce dernier morceau étant d’ailleurs à l’époque parfois mal interprété par certains qui ne comprennent pas que Féfé et les autres s’y projettent dans la peau de xénophobes ou personnes simplement remplies de préjugés par tous les points de vue possibles. Un procès d’intention assez ridicule, qui prouvait que pas mal de personnes hostiles au rap ne cherchaient même pas à comprendre ce qui s’y disait, mais qui fut heureusement vite éventé.
Dans des registres plus décalés, ils s’essaient aussi à du storytelling avec l’humoristique « G Padpo » retraçant le parcours chaotique de chacun pour rejoindre une salle de concert où ils doivent se produire et « Pitchy and Skratchee Show » prend la forme d’une grosse démonstration de beatbox laissant un peu sans voix à la première écoute.
En bref, un album vivant, complet et complexe tout en sachant rester toujours hyper accessible et un grand succès bien mérité.

On vit à l’époque les balbutiements d’internet et sommes encore bien loin d’être abreuvés en continu de nouveaux albums et sons en continu comme aujourd’hui. Autant dire que « KLR » a tourné dans nos écouteurs et dans nos soirées de longs mois sans jamais nous lasser.
Par le plus grand des hasards, j’habitais par ailleurs à l’époque tout près d’un studio d’enregistrement reconnu mais disparu depuis qui me permit de les croiser et de leur toucher deux-trois timides mots.
Un concours gagné autour d’eux me permettra aussi d’assister à un concert privé un soir de juillet 2000, qui se mêlera aux festivités de l’Euro victorieux de la l’équipe de France de foot. C’était aussi la première fois que je découvrais leur incroyable présence scénique avant de retourner les voir maintes fois par la suite, et notamment le soir de la captation de ce qui sera leur seul véritable album live au Bataclan en 2006 (celui-là même évoqué par Médine dans son récent morceau sur la salle de concert).

Encore tout auréolé de cette nouvelle notoriété, le Saïan ne chôme pas entre tournée, apparitions sur diverses compilations et bandes originales de films mais aussi préparation d’un second album généralement décisif dans une carrière. Et s’il ne contiendra peut-être pas de hit aussi marquant qu’Angela, le résultat sur « X-Raisons » n’en est pas moins finalement le plus abouti à mon sens.
Tous les éléments qui font le talent et le succès du groupe y sont : « A Demi-Nue » se pose en successeur plus doux d’Angela et le Saïan alterne pour le reste habilement entre morceaux sérieux (« Polices » , « Au Nom de quoi » évoquant le détournement des différentes idéologies religieuses à des fins négatives ou encore le génial « 14.02.2002 » qui met en garde de façon intéressante et originale sur le danger du Sida), délires festifs destinés à mettre le feu dans les fosses de concerts (« A ço-mow » ) et titres plus personnels où le crew se livre un peu. 17 ans après sa sortie, je trouve que l’album n’a vraiment pris aucune ride et beaucoup des sujets qu’il aborde sont encore malheureusement on ne peut plus d’actualité.

L’album leur permettra d’obtenir la reconnaissance du milieu de la musique à travers une Victoire de la Musique bien méritée, mais c’est aussi un album qui leur ouvre de plus en plus les frontières. Il semblerait d’ailleurs que l’album se soit plus vendu à l’étranger qu’en France, même si je n’ai pas trouvé de chiffres précis. Le Saïan aura de ce fait dans les mois qui suivirent « X-Raisons » l’occasion de collaborer avec pas mal d’artistes étrangers. Il y eu ainsi l’EP un peu trop méconnu « Da Stand Out » sur lequel on retrouve Kymani Marley, Roots Manuva, Dwellas ou encore Arsonists. Et en 2013, c’est même RZA du mythique Wu-Tang qui invite le Saïan à poser à ses côtés et avec Ghostface Killah. Une sorte de consécration.

Une fin en douceur

Si l’on peut alors considérer le groupe à son sommet, c’est pourtant peut-être déjà un peu le début de la fin en interne. En 2004, le groupe annonce une sorte de pause pour laisser place au retour de leurs entités originelles. Pire, Specta annonce rapidement son choix de quitter définitivement le Saïan pour se consacrer dans un premier temps à Explicit Samouraï avec Leeroy (qui sortira un EP en 2004 puis l’album sobrement intitulé « RAP » l’année suivante) puis à une aventure solo loin des projecteurs.

De leur côté, Féniksi et Vicelow reforment O.F.X. pour un album intitulé « Roots » , paru en 2003, que j’aime beaucoup et écoute encore régulièrement. Il est malheureusement indisponible sur les plateformes de stream, j’imagine pour des questions de droit.
On y trouve notamment le titre fort « France » . Le duo collabore également avec Ayo, encore peu connue à l’époque et qui comme son conjoint Patrice, retravaillera plus tard avec le Saïan et Féfé sur divers projets. La légende veut d’ailleurs que Patrice ait offert sa première guitare à Féfé, devenant en un sens un déclencheur de son succès solo futur.
L’album contient également une collaboration un peu plus inattendue mais pas inintéressante avec Matthieu Chedid.

Du côté des anciens Simple Spirit, pas d’album. Sly se fait le plus discret durant cette période, même s’il ne disparaît par pour autant, collaborant notamment très activement aux côtés de la chanteuse de Camille sur son album « Le Fil » et la tournée qui suit.
Sir Samuel sort à la même époque son premier solo « Vizé pli o’ » .

Passé cette longue parenthèse, le Saïan Supa, sans Specta donc, finit par enfin annoncer son retour avec le titre « Jacko » , sorti dans un premier temps aux Antilles. Pas le plus inoubliable de leurs singles clairement, mais la recette restait là avec un single entraînant, dansant mais qui n’oublie pas de raconter quelque chose.
On s’en doutait déjà un peu lors de la sortie, mais l’album « Hold-Up » semble destiné à rester le dernier du collectif. Et même si je le trouve une fois encore plutôt réussi, l’ensemble reste un ton en-dessous de « KLR » et « X-Raisons » . Les prods restent originales mais s’avèrent assez inégales. Et plus généralement l’implication des différents membres parait avec le recul un peu douteuse. A côté d’un Sly omniprésent, jusqu’à clore seul l’album et ramener Camille en featuring, Samuel se fait par exemple bien plus discret. L’alchimie n’est plus tout à fait la même.

Reste qu’à côté de morceaux oubliables comme « Feceps » qui se contentent un peu trop de rejouer le côté provoc d’Angela sans réelle inspiration musicale pour le soutenir, « Hold Up » contient tout de même quelques pistes pouvant prétendre au panthéon de la discographie du Saïan. « Rouge Sang » figure pour moi dans le Top 10 de leurs chansons. D’une beauté et émotion saisissante, il évoque avec justesse et poésie l’esclavage et le passé colonial des racines du groupe. « Mama » en fin de tracklist offre également 5 belles minutes de bonheur musical. « 96 Degrees » avec Patrice, qu’ils croisaient souvent sur les routes de festivals, aurait sûrement été un bon choix de single mais n’a jamais été exploité. Dommage.

Le morceau mis en avant fut un choix plus tactique qu’artistique. Mais il était difficile de passer sous silence le tour de force d’avoir la présence de Will.I.Am, leader et producteur de Black Eyed Peas alors au top des ventes internationales, sur « La Patte » . Mais on pouvait espérer un résultat plus intéressant de leur collaboration. A l’image du clip un peu cheap, cela manquait un peu d’ambition pour pouvoir vraiment plaire largement.

L’après Saïan

On n’a jamais connu véritablement les raisons de la séparation définitive, même si on a pu comprendre entre les lignes des interviews de chacun que les divergences étaient autant artistiques que personnelles. Mais à ce jour, la captation du Live au Bataclan reste la dernière véritable apparition du Saïan Supa Crew en tant que tel.
Malgré les espoirs de nombreux fans et encore tout récemment à cause d’une petite boulette de Nagui qui a annoncé hâtivement une reformation du collectif lors de Taratata, bien vite repris par Féfé, le Saïan n’est plus. Pour autant Leeroy, Sly, Féfé, Samuel, Vicelow et Specta sont encore bien présents dans le vaste univers de la musique. Juste de façon différente et plus ou moins confidentielle selon les cas. Petit tour d’horizon de leur parcours respectif.

Sly « The Mic Buddah » Johnson

Celui qui a la carrière solo la plus passionnante et variée à mon sens aujourd’hui est Sly Johnson. Comme dit précédemment, s’il a su parfois se mettre en retrait pour les projets d’autres personnes, il a su construire pas à pas un chemin qui lui est propre.
Sous le pseudonyme qu’on lui connaît le plus, l’histoire a démarré en 2008 avec la sortie d’un album en collaboration avec le trompettiste de français Erik Truffaz. La virage Jazz et Soul de Sly prenait forme et trouvera vite de nouveaux échos par diverses collaborations (dont deux morceaux de « L’Arme de Paix » d’Oxmo Puccino) et surtout avec un premier album intitulé « 74 » , son année de naissance, mêlant morceaux originaux, dont le single « I’m Calling You » une fois encore avec Ayo, et reprises plutôt réussies dans le genre.

Il faut attendre 2015 pour qu’un second album voit le jour, en partie financé via crowdfunding. « The Mic Buddah » contient notamment le festif « EVRBDD » , à ce jour le morceau le plus streamé de Sly.
Et non content de sortir des albums sous son pseudo historique, Sly développe en parallèle d’autres projets de production sous le nom Tagi, dont le point d’orgue a pour le moment eu lieu en 2017 sur un album où pas mal d’artistes talentueux viennent donner de la voix sur ses travaux. « Youaresurrounded » est un excellent album de producteur malheureusement trop méconnu.

Son actualité et sa montée en puissance artistique ne cesse de croître puisque cette année est paru l’EP « Silvère, Pt. 1 » , pour le coup vraiment magnifique et que j’ai eu l’occasion de voir tout récemment en live à La Cigale lors de ce qui restera peut-être comme mon live le plus marquant de cette année 2018. Mêlant ses talents de beatbox à la loopstation, couplé à son flow parfait et à une voix puissante et qu’il a largement perfectionné depuis 10 ans, le show qu’il donne est à couper le souffle.

Un plaisir n’arrivant pas seul, l’EP est en fait annonciateur d’un futur album « Silvère » fraîchement annoncé par Sly et qui fait d’ores et déjà partie de mes plus grosses attentes pour le début d’année prochaine.

Féfé aka. Féniksi

Sans conteste le membre du Saïan qui est le plus resté dans la lumière ces dix dernières années. Même si la couleur de sa musique reste encore aujourd’hui largement teintée de Hip Hop, Féfé a rapidement choisi une voie un peu plus pop. Dans son premier album solo « Jeune à la Retraite » paru en 2009, il évoque même sa « rupture » avec le rap dans le morceau imagé « Miss Wesh Wesh Yo » . Auréolé d’un beau succès critique et public, l’album finira Disque d’Or et permettra à Féfé de sillonner en long et en large les routes de tournées et de festivals dont il est devenu un invité assez récurrent. Quoi de plus normal pour une bête de scène comme lui en somme ?
Deux autres albums solos dans la même veine ont depuis vu le jour : « Le Charme des Premiers Jours » et « Mauve » l’an passé. Reste qu’à mon goût « Jeune à La Retraite » reste son meilleur opus à ce jour.

Depuis quelques mois, on a vu un rapprochement public s’opérer avec Leeroy sur les réseaux sociaux et en particulier Instagram. On pouvait supputer que quelque chose se tramait et c’était à raison puisque les deux ex-Saïan ont officiellement annoncé il y a quelques jours la sortie prochaine d’un album en duo. Si l’ensemble est aussi réussi que le morceau « Personne » fait ensemble il y a deux ans, c’est franchement prometteur. Dans tous les cas, ce sera un plaisir de les revoir un peu ensemble. Et ce sera peut-être aussi l’occasion pour ses fans les plus jeunes et n’ayant pas forcément connu le Saïan de s’y plonger un peu plus.

Leeroy

Du temps du Saïan on l’appelait Leeroy Kesiah, un temps devenu ensuite Leeroy Tanaka est renommé désormais plus simplement Leeroy. Avant donc ce nouveau projet en collaboration avec Féfé à découvrir en 2019, il a sûrement été le plus prolifique en quantité de sorties puisque depuis 2005 on l’a vu sortir 8 projets solo entre ses trois mixtapes « Coup de Massue » mais aussi les originaux « Bollywood Trip » et « African Trip » , preuves de l’éclectisme musical sans limite de Leeroy.
C’est peut-être d’ailleurs un peu la raison qui fait que ses projets, pourtant majoritairement intéressants, sont restés un peu confidentiel. Leeroy touche tellement à tous les genres qu’il n’est pas toujours le plus simple à suivre.

« Open Bar » en 2007 prenait la forme d’un album solo moins conceptuel et plus classique. On y trouve quelques morceaux très cools comme « Elle« .

En 2016, Leeroy sortait l’album « Noir Fluo » (un titre qui lui va bien au vu du paragraphe précédent). Critiqué un peu durement à l’époque par mes soins, je le réécoute pourtant finalement encore assez régulièrement avec plaisir. Si je ne goûte pas à tout dans l’album et notamment à certaines prods, l’ensemble a le mérite de représenter un tour d’horizon assez exhaustif de toutes les influences du rappeur.
Et il contient au moins cette chanson superbe qu’est « Capitaine Haddock » avec le chanteur Tété qui vaut à elle-seule l’écoute de « Noir Fluo » .

Mais son projet personnel le plus abouti à ce jour est peut-être le dernier en date. « Leeroy presents : Fela Is The Future » , bel hommage à l’afro-beat et à son père Fela Kuti. Leeroy y agit ici en véritable Directeur Artistique et invite sur le projet de beaux noms tels Seun Kuti, Nneka…. Et Féfé évidemment !
Un bel album que tout amateur de ces sonorités doit écouter.

Vicelow

Depuis le « Hold Up » du Saïan, celui qu’on surnomme depuis toujours le « Noir à Lunettes » est toujours resté ancré dans la culture Hip Hop, au sens large.
Pour ce qui est de la partie rap, Vicelow a sorti à ce jour deux bons albums : on retrouvait dans sa « Blue Tape » en 2008 à peu près tout ce qu’on aimait chez lui au sein du Saïan, mais il avait déjà su moderniser son style en proposant des sonorités nouvelles sur des morceaux comme « 06.18.90.9.7.4.3 » .
Il avait fallu attendre quatre ans pour que sa suite « BT2.0 » voit le jour. Cet opus contient des morceaux que j’écoute encore très souvent : « Nouvel Automne » était pour moi un des sommets rap de l’année 2012 et mettait déjà en exergue Deen Burbigo et Nemir en featuring qui ont vu leur côte largement grimper depuis. D’autres morceaux comme « Zetwal Box » ou le sombre « Au Pas de la Porte » figurent encore en bonne place dans mes playlists régulièrement écoutées.

Comme les précédemment cités, Vicelow reste dans l’actualité rap encore aujourd’hui avec son statut d’indépendant qui nécessairement freine la régularité des sorties. C’est ainsi qu’un nouvel opus était annoncé en 2016 via la sortie du single « TBTC » sur lequel on retrouvait en feat. Sir Samuel (mais aussi Specta dans le clip). Un morceau clairement dans la veine des plus gros succès du Saïan et que j’ai écouté en boucle cet été là. Malheureusement, les temps ont changé, l’impact médiatique fut sûrement trop limité par le statut indé de Vicelow et le single n’a pas eu le succès qu’il méritait.

C’est finalement en cette année 2018 qu’on aura eu des nouvelles de Vicelow côté rap avec l’EP « Mid » , une fois encore très réussi. La chanson « Jamais » m’aura accompagné une bonne partie de l’année et finira sûrement dans mon Top 100 de 2018 dans quelques semaines. L’occasion aussi de le revoir sur scène en première partie de Vince Staples à Paris. Un live quasiment improvisé à la dernière minute et j’ai eu la sensation qu’une bonne part du public ne connaissait même pas son passé. Mais la magie a tout de même fonctionné et la foule a apprécié la prestation et sa technique sans faille.

A travers le single « Saïtama » et son clip, toujours sur ce dernier EP, Vicelow a aussi mis en avant l’autre passion qui l’occupe depuis 2006 : la danse Hip Hop. Il est ainsi par exemple à l’origine du projet « I Love This Dance«  qui a lieu quasiment tous les ans depuis 2012 et n’hésite jamais à mettre cette discipline en avant dès qu’il en a l’occasion.

Si tout va bien, un troisième album finira par sortir. Peut-être l’an prochain.

Sir Samuel

Médiatiquement, il a toujours été plus discret et il est donc moins évident de suivre l’évolution de sa carrière et ses ambitions futures. Toujours est-il que lui s’est rapidement recentré vers ses amours Reggae et Dancehall et outre divers featurings, il a ainsi sorti trois LP : « Vizé Pli O » en 2005, avant même donc la fin officielle du Saïan. Si je devais en ressortir un titre en particulier, ce serait « Calme et Tempête » .
En 2011 sortit « Gallery » qui fit peut-être un peu plus de bruit grâce à deux bons singles : « Carnaval » , avec Busta Flex, qui samplait le générique de l’émission culte Striptease. Mais aussi « Urban Classik » qui avait eu droit à un clip assez classe.
Enfin en 2017, on le retrouvait sur une « Net Tape » de 25 morceaux courts, mêlant extraits provenant des opus précédents à d’autres inédits ou plus rares.

Specta

Le premier à avoir quitté le navire Saïan, ne se reconnaissant plus vraiment dans le public rap grand public et préférant donc retourner à un son plus plus sombre et incisif collant plus à ses aspirations. Son dernier EP en date, sorti en 2016 « Metempsycose » sur son label Toxic Music était plutôt intéressant dans son genre. On y retrouve le temps d’un feat le rappeur Kohndo, que j’apprécie également beaucoup.
Cinq ans plus tôt il sortait l’EP « Once Upon A Dark Time » .

Avec le recul, les divergences de parcours, d’envies et d’influences pouvaient peut-être difficilement s’accorder avec un Saïan Supa Crew durable. Mais au final est-ce un mal ? Chacun dans leur spécialité, ses anciens membres développent des univers intéressants et originaux que l’on n’aurait peut-être jamais connu sans la faste période du collectif, qui leur a permis de faire des rencontres déterminantes pour leur avenir artistique. Et contrairement à bien des rappeurs de l’époque, eux ne semblent jamais céder à la nostalgie facile et à une tentative de retour ensemble qui serait facile à opérer mais sûrement perdue d’avance. La musique a changé, eux aussi, et c’est sûrement pour le mieux quand on voit leurs derniers projets et ceux qui s’annoncent.

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4 comments on “Rétrospective : l’esprit du Saïan Supa Crew vit toujours !

  • CorentinL

    Bravo. Ça fait plaisir de s’y replonger et de savoir qu’un autre « fou » connait tout les projets de tout les membres du SSC !!

  • Alias

    Tres bon article.
    Seul erreur Leeroy à sorti 8 projets, vous avez oublié de mentionner son album open bar.

  • Romain

    Très bon article.
    Seule erreur , Leeroy a sorti 8 projets solo, vous avez oublié de mentionner son album « open bar ».

    • Mikael Bauvez (author)

      Bien vu effectivement. Merci pour l’oubli. En plus il contient « Elle » que j’ai pas mal écouté à l’époque. Je vais corriger ça !

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