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[Une Histoire de Sample Vol. 2] Black Attack & Francis Lai

[Une Histoire de Sample Vol. 2] Black Attack & Francis Lai

Revenons pile poil vingt ans en arrière le temps d’un article autour du sample du morceau Bang Bang (2 Shots In The Head) signé Black Attack. Qui se souvient aujourd’hui de ce groupe au succès aussi rapide qu’éphémère ? Probablement peu de lecteurs de cet article… Donc commençons par rafraîchir les mémoires avec le clip original.

Je suis peut-être le seul que ça a marqué, mais j’ai toujours eu une sorte d’obsession pour le sample utilsé ici, cette boucle de voix féminine si entêtante que je ne m’en suis jamais lassé. C’est même au final le seul véritable point qui me fait aimer ce morceau, et probablement celui qui a provoqué son succès dans les charts européens à l’époque, parce qu’on ne peut pas dire que la performance des rappeurs avait quoique ce soit qui sorte de l’ordinaire. Surtout une année où le Wu-Tang, Notorious B.I.G. ou encore Puff Daddy régnaient en maître sur le Hip Hop mondial et où la France vibrait devant L’Ecole du Micro d’Argent d’IAM.
A l’époque il me fut impossible de savoir d’où provenait ce mystérieux sample mais, la magie d’internet aidant, il était grand temps de réparer cette injustice aujourd’hui.

Quelques recherches plus tard donc, je fus plutôt surpris de la réponse. Il s’agit en fait d’un extrait provenant de la bande originale du film érotique français Bilitis, sorti en 1977. Je ne l’ai pas vu mais il ne semble pas franchement réputé pour ses qualités cinématographiques, de ce que j’ai pu en lire et de l’aveu même de sa sulfureuse scénariste Catherine Breillat. Il n’en fut pas moins un succès en salle, profitant allègrement de la vague post-Emmanuelle de l’époque. Près de 1,5 millions de personnes sont allés le voir à l’époque tout de même.
Une surprise en amenant une autre, le film était réalisé par le photographe David Hamilton, ce dernier ayant récemment défrayé la chronique via les accusations de viol sur mineures dont il a fait l’objet, notamment par l’animatrice Flavie Flament, puis par son suicide en novembre dernier.

Étrange de voir le hasard d’une recherche si lointaine nous ramener à la triste actualité du moment, mais revenons-en au sujet principal : la musique. Celle du film était composée par Francis Lai. Loin d’être le premier venu puisqu’il avait été oscarisé quelques années plus tôt pour son travail sur le célèbre Love Story, est aussi connu pour ses multiples collaborations avec Claude Lelouch (encore en 2015 pour Un + Une) mais aussi pour sa présence sur les compositions de films encore régulièrement diffusés en télévision comme Les Ripoux.

Le morceau utilisé précisément pour le sample s’appelle tout simplement Scène d’Amour.

Satisfait de ma découverte, cela me posait toutefois une nouvelle question. Comment un groupe de rap anglophone se retrouve-t-il à poser ses lyrics sur une boucle issue d’un vieux film érotique français, qui plus est à la réputation douteuse ? Me revoilà donc sur Google à la recherche du peu d’informations données sur Black Attack.
Après m’être rapidement détourné d’une fausse piste menant à un rappeur de New York du même nom et étrangement apparu la même année, je comprends vite l’entourloupe en constatant que le trio n’apparaît aujourd’hui que dans d’obscures compilations de ce qu’ils nomment « Euro Rap ». En effet, malgré l’imagerie U.S. qu’ils tentent de véhiculer au travers de leurs noms Butch, John & Perry… jolis clichés !) et de leurs clips, ils sont en réalité allemands. Ceci dit ça a marché puisque j’ai toujours cru qu’ils vivaient outre-atlantique… Ils étaient quelque part au rap allemand ce qu’Organiz était en France pour le RnB à peu près simultanément. Et pas sûr que la comparaison soit très flatteuse.
C’est en tout cas là que tout s’explique puisque Bilitis et surtout sa bande originale furent un grand succès en Allemagne.

Pour en finir avec Black Attack, il est amusant de noter qu’ils, ou moins leur producteur, étaient très tournés vers le cinéma français puisque leur second single Heartless (moins connu en France de souvenir) était basé sur la mélodie composée par Ennio Morricone pour Le Professionnel, célèbre film français de Georges Lautner, sorti 1981 avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle titre.

Ils n’eurent que peu de temps pour continuer leur anthologie cinématographique française puisque le groupe se sépara officiellement au début de l’année 2000, alors qu’il était déjà amputé depuis quelque temps d’un de ses membres.

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