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Une semaine après : critique des nouveaux Eminem, N*E*R*D, G-Eazy et BROCKHAMPTON

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Une semaine après : critique des nouveaux Eminem, N*E*R*D, G-Eazy et BROCKHAMPTON

Ce vendredi 15 décembre 2017 fut un en un sens un jour assez mémorable pour le Hip Hop U.S. à travers 4 albums parmi les plus attendus. D’un côté, deux retours légendaires, celui de la plus grande star rap de ce siècle, j’ai nommé Eminem, mais aussi ceux de rappeurs et producteurs qui ont fait beaucoup pour moderniser et élargir le public rap, j’ai nommé le groupe N*E*R*D, incarné par Pharrell Williams, Chad Hugo et Shay Haley.
Dans le même temps paraissait également les albums de G-Eazy, dont nous évoquions toutes les promesses ici-même il y a tout juste deux ans, et qui a depuis pris son envol à travers quelques hits qui explosent les compteurs. Mais aussi le troisième volume de SATURATION par le crew texan ayant fait sensation tout au long de l’année et qui se réclame de lui-même de l’appellation « boyband » : BROCKHAMPTON.
Quelques jours après leur sorties et après avoir pu les écouter assez en profondeur, voici donc un passage en revue de ces 4 opus.

Eminem – Revival

Il est toujours compliqué pour moi d’être totalement objectif vis-à-vis d’Eminem, celui-ci ayant été partie prenante de toute mon adolescence. Et si je fais partie des déçus de la tournure de sa carrière depuis Recovery, j’arrive quand même globalement toujours à trouver des qualités suffisantes à ses albums pour leur donner la moyenne. J’abordais donc l’annonce de Revival, plus forcément avec les mêmes attentes qu’auparavant, mais tout de même avec une petite lueur d’espoir, même si la sortie de « Walk On Water » l’avait bien effritée. Le second single « Untouchable », s’il était de meilleure facture, ne s’est pas avéré spécialement enthousiasmant non plus. Qu’en est-il du reste ?

Je dois malheureusement faire le même constat que beaucoup de monde ces derniers jours : Revival est sans doute l’album d’Eminem le moins réussi et inspiré de sa carrière. Peut-être moins décevant que MMLP2, ne serait-ce que parce qu’il ne cherchait pas à prendre la succession de mon album favori du natif de Detroit, mais pour autant franchement pas réussi.
Tout n’est pourtant pas à jeter parmi les 19 pistes. Il y a même quelques réussites intéressantes : « Framed » rappelle un peu la belle époque, le beat fourni par Fredwreck semblant assez clairement inspirée par le travail de Dr. Dre sur la période Eminem Show et Encore. Et « Offended« , plus frais, représente finalement assez bien ce vers quoi j’aurais aimé qu’Eminem évolue avec les années et restera sans doute comme mon titre préféré sur Revival. Une production qui détone face à la concurrence, des lyrics percutants, le tout en gardant un côté fun et décalé. A un degré moindre, « Believe » ouvrait également l’album de façon plutôt prometteuse. Sûrement pas un hasard puisque le morceau est produit par Eminem lui-même et le fidèle Denaun Porter.

Malheureusement, ces titres font un peu trop figure d’exception dans l’ensemble. Pas tant au niveau des textes, qui sont la plupart du temps travaillés, fouillés et engagés. Mais à peu près tout le reste est un ratage. A commencer par les productions concoctées en majorité par Rick Rubin et Alex Da Kid qui dominent la tracklist. Au mieux elles sont génériques, lorsqu’elles ne sont pas simplement mauvaises. Dans tous les cas, elles sont indignes de ce qui devrait revenir à une telle légende de la musique moderne.
Et puis il y a cette propension toujours plus accentuée aux collaborations douteuses. Je passe rapidement sur l’infâme « Walk On Water » (Beyoncé n’était à priori que le second choix derrière Adèle et cela s’entend) et les autres invités plus ou moins prestigieux mais commercialement faciles comme le choix d’inviter Ed Sheeran (YelaWolf, supposé poulain de Marshall Mathers mais totalement absent de l’album, avait produit un bien meilleur résultat aux côtés du britannique il y a quelques années dans un EP collaboratif gratuit) ou Kehlani qui succède à Rihanna pour ce qui sera à n’en pas douter un hit commercial de Revival. Je préfère m’attarder sur ce qui reste comme le symbole de ce changement radical des dernières années : Skylar Grey. Son arrivée dans l’univers Shady Records coïncide plus ou moins avec le nouveau ton adopté. Et l’insistance d’Eminem à la mettre perpétuellement en avant au détriment des membres de son label me laisse toujours plus perplexe. Pas une mauvaise chanteuse, juste que son style ne collera jamais à ce que j’attends d’un tel album.

Plus globalement, l’album semble souffrir d’un manque d’originalité mais aussi d’ambition, et à ce niveau l’utilisation des samples de « I Love Rock’n’Roll » de Joan Jett et celui du « Zombie » des Cranberries est révélateur. En un sens, Eminem a toujours utilisé ce genre de sample assez facile. Mais par le passé, il le faisait avec ses producteurs non sans un travail important pour qu’on ne tombe pas dans la redite. « Sing For The Moment » en était le meilleur exemple, mais on peut aussi citer son utilisation moins connue de « Crazy On You » des Heart sur Encore. Il y avait sur ces deux productions un vrai travail d’adaptation qu’on ne retrouve plus vraiment ici, au point que « In Your Head » ressemble plus à un remix rappé qu’à du sampling.

Bref, je vais conserver deux-trois morceaux mais il ne me reste plus qu’à faire mon vieux con et réécouter ses premiers albums jusqu’à Relapse, qui a soit dit en passant bien vieilli.

BROCKHAMPTON – SATURATION III

L’industrie du disque a bien changé en 10 ans. Le concept d’album en lui-même semble sur le déclin au profit de sorties plus régulières, que ce soit par d’innombrables mixtapes, singles ou EP. Il y a une telle profusion de nouveautés chaque semaine que la quantité semble aujourd’hui avoir pris le pas pour exister sur le marché à la place de projets plus ponctuels mais aussi plus structurés. Sauf pour des cas particuliers comme Kendrick Lamar, à l’aura telle qu’il est plus judicieux de créer le manque et pour qui la notion de concept a encore réellement un sens.
Si ce nouveau mode de consommation peut avoir ses avantages, il souffre quand même d’un défaut majeur à mon sens : le déchet est très important. Rares sont devenus les projets homogènes en qualité et originaux de bout en bout. De la qualité, il y en a tout au long de l’année, mais elle apparaît plus par éclair qu’en continu.

Et à côté de ça il y a BROCKHAMPTON qui réussit le tour de force en 2017 de proposer un projet en 3 volumes de 15 titres ou plus, le tout avec une qualité constante, une énergie et une inventivité sans cesse renouvelée. Certes, on peut arguer que c’est plus simple de ne pas tomber dans la répétition lorsqu’on est 14, tous métiers confondus, à bosser vers un même objectif, mais cela pourrait aussi rapidement sombrer dans un côté brouillon désagréable. Il n’en est rien et ce troisième volume de SATURATION en est peut-être le point d’orgue. Chaque nouveau titre qui démarre parait à la fois différent et cohérent avec celui qui le précède. Le travail sur les productions de Romil Hemnani et ses compères est juste phénoménal. Je crois à ce niveau ne plus avoir été aussi agréablement surpris, avec l’impression d’écouter quelque chose d’à la fois aussi respectueux des racines du rap que foncièrement tourné vers le futur, depuis le premier opus de Run The Jewels (même si le résultat n’a pas tellement de rapport en terme de sonorités qu’on s’entende bien). Chaque beat est multiple, fourmille d’idées et de samples bien fichus. La variété des voix et flows arrive elle en cerise sur le gâteau et empêche toute sensation de lassitude.

Bref, inutile d’en dire plus : le triptyque est juste à écouter de toute urgence. Et le plus récent d’entre eux reste peut-être mon préféré, signe que la montée en puissance n’est peut-être pas terminée. Je fais d’ailleurs le pari qu’ils survoleront encore l’année 2018, que ce soit en groupe ou certains de ses membres. Je pense notamment à Kevin Abstract qui a tout pour faire également très mal en solo.

N*E*R*D – No One Ever Really Dies

Sept ans que N*E*R*D n’avait plus sorti d’album ensemble, la fructueuse parenthèse solo de Pharrell Williams, aussi bien sur le devant de la scène qu’en tant que producteur, ayant pris le relais ces dernières années. Souvent en avance sur son temps, leurs anciens morceaux ont à peu près tous bien vieillis et peuvent encore sur plusieurs aspects paraître modernes une bonne décennie après leur sortie. Mais ont-ils encore ce petit truc en plus qui leur donne un temps d’avance ? Oui et non.

Oui, parce que plusieurs morceaux font vraiment plaisir à l’écoute. Sur « Don’t Don’t Do It », on retrouve tout ce qui a fait le succès du groupe, ses sonorités hyper reconnaissables et qui encore aujourd’hui font un peu figure d’exception dans le paysage musical. Sans compter évidemment le fait que Kendrick Lamar vient y poser un couplet ravageur et semble se plaire dans cet univers. Si l’effet y est moins probant, il marche aussi un peu sur le second morceau où le natif de Compton apporte sa contribution, cette fois accompagné par M.I.A.
Le duo avec le non moins avant-gardiste Andre 3000 tient aussi toutes ses promesses à mon sens. Ils mettent de côté sur ce morceau toute forme de facilité pour produire quelque chose d’unique, qui déplaira forcément à certains, mais qui est puissant en terme de création. Le meilleur morceau parmi les 11 proposés pour moi.

Par contre, sorti des intéressantes collaborations, le reste m’a vite paru plus oubliable. C’est plutôt bien fait dans l’ensemble, respectueux de ce qu’a toujours été le groupe, mais il manque la petite étincelle qui faisait la différence. Et j’ai même parfois eu la sensation que l’on tombait dans la redite, un comble pour N*E*R*D. Par exemple sur « 1000 », j’ai presque eu le sentiment d’un remake de « Everyone Nose » sorti il y a presque 10 ans. On pourrait assez facilement mashuper les morceaux je pense. Rien de grave dans l’absolu, mais un peu dommageable pour moi lorsqu’il s’agit d’un groupe pour lequel j’attends une espèce de renouvellement perpétuel.
Autre morceau attendu, la collaboration avec, le gars à la mode que tout le monde s’arrache, Ed Sheeran. Le fruit de leur travail a le mérite de ne pas se reposer sur un morceau si facile que ça à vendre en tant que single, au contraire du premier album de cet article donc, mais ne me semble pas non plus spécialement marquant.

Pas un mauvais album donc, les fans de la première heure, dont je fais partie, devraient y trouver leur compte. Mais pas non plus une oeuvre marquante, autant pour cette année 2017 que pour la discographie du groupe.

G-Eazy – The Beautiful & The Damned

Dernier prétendant de la liste, ne cessant de faire plus parler de lui depuis 2 ans, G-Eazy a sorti un album dont j’aurai moins à dire. On peut plus aisément le comparer à celui d’Eminem dans le sens où lui non plus n’hésite pas à s’engouffrer dans un registre plus pop/R&B. On retrouve d’ailleurs ici aussi Kehlani dont on va entendre très certainement beaucoup parler l’an prochain et qui figure déjà dans quelques tops annuels ces jours-ci. S’il ne nie jamais cette tendance et s’y perd un peu à mon goût, notamment lorsqu’il va jusqu’à chercher une prod de David Guetta, G-Eazy n’en reste pas moins ancré dans le Hip Hop actuel et convoque A$AP Rocky et Cardi B pour un morceau dont on sait avant même de l’écouter que son nombre de stream finira avec 9 chiffres au compteur. Mais là encore, cela parait finalement plus facile qu’autre chose.

Au global, l’album n’est pas mauvais, mais semble viser le succès commercial plus que l’ambition artistique. Le pari de sortir un album le même jour que les deux mastodontes dont on parlait plus haut était peut-être risqué, mais cela semble être une réussite vu que G-Eazy a placé d’emblée deux morceaux dans le Top 10 Spotify américain et un dans le Top 10 global.
Est-ce que cela me parle en revanche ? Beaucoup moins qu’il y a deux ans il faut bien l’avouer. La recette n’a que peu évolué, et pas dans le sens que j’aimerais. Et je n’ai plus de choc sur un morceau en particulier comme j’ai pu l’avoir avec « Downtown Love » en son temps.

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