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Critique : American Sniper, réalisé par Clint Eastwood

Critique : American Sniper, réalisé par Clint Eastwood

Avant de voir American Sniper, je n’ai pas lu le best seller dont le film est tiré mais me suis quand même un peu renseigné pour comprendre les motivations d’un tel biopic. J’étais après ça curieux de voir comment Clint Eastwood, réalisateur évidemment ô combien talentueux mais aussi connu pour son côté parfois très conservateur, allait traiter ce biopic narrant l’histoire d’un personnage finalement très controversé.

Quelque part, je n’ai pas été « déçu » dans la mesure où je n’avais pas de réelle attente. Formellement, il n’y a de toute manière pas grand chose à redire. Comme à son habitude, Eastwood rend une copie d’assez haute volée. Les phases sur le front sont à ce titre les plus réussies. Autant visuellement qu’en terme d’ambiance. On ressent réellement la tension, la peur que peuvent ressentir les troupes dans des situations si éprouvantes et étouffante. Difficile de prendre American Sniper en défaut sur ces points, même s’il est à ce titre dommage que le film ne prenne pas plus de temps pour traiter le phénomène de stress post-traumatique qui en découle. Il est explicité, mais finalement rapidement expédié.
Ce qui m’a gêné tient plutôt, et malheureusement ce n’est pas une surprise, au traitement de ce fameux Chris Kyle. Même s’il n’est pas toujours présenté comme un type spécialement sympathique ni facile, les principales polémiques qui l’entourent sont soigneusement gommées, qu’elles aient eu lieu en uniforme ou en civil, et le film se focalise le plus possible sur son statut de héros de guerre. Ses défauts se voient justifiées en grande partie par son éducation.

Alors évidemment, il s’agit de l’adaptation d’une biographie à la gloire de Chris Kyle, donc il pouvait difficilement en être autrement. Au vu de son statut légendaire, j’imagine que la pilule a tendance à bien mieux passer si l’on a vécu les évènements des quinze dernières années de l’autre côté de l’Atlantique. Du moins sur les masses. Mais le scénario ne se contente pas de cette célébration. Je ne saurais dire si l’adaptation est fidèle sur le contexte dépeint, mais j’ai eu la désagréable impression de voir un film au discours trop unilatéral. L’ennemi n’a de cesse d’être qualifié de « sauvage ». Rares sont les syriens à être présentés aussi comme victimes du conflit, qu’ils soient habitants ou plus activement enrôlés dans cette guerre, et pourtant ils existent aussi. Et ce ne sont pas une ou deux scènes dures, généralement d’ailleurs liées à la présence d’enfants, qui suffisent à inverser la donne. Un raisonnement beaucoup trop simpliste dont Clint Eastwood avait su mieux se départir dans son dyptique autour de Iwo Jima, moins manichéen et donc plus intéressant, même s’il souffrait d’autres soucis. Dans un genre différent, Gran Torino suivait un personnage hautement réactionnaire mais qui parvenait à prendre conscience de certaines réalités à mesure que le récit avançait.
Avec Chris Kyle, on a affaire à une personne qui, non seulement, n’exprime pas le moindre regret, mais en plus souhaiterait pouvoir en faire toujours plus. J’ai du mal avec l’idée que l’on puisse autant mettre en avant un tel mode de pensée. Au point d’ailleurs de ne pas assumer la fin tragique, mais quelque part inévitable, de sa vie en se contentant de l’écrire (si j’ai bien compris parce que Madame ne voulait pas que l’on se souvienne de ça…). Quoiqu’il en soit, voir un semblant de cow-boy enlacer sa femme et rire avec ses enfants un flingue à la main, ça me filera toujours un peu la gerbe.

Reste la performance de Bradley Cooper, impliqué à fond autant psychologiquement que physiquement dans son rôle. Objectivement l’une de ses meilleures performances, même si je l’ai peut-être préféré dans Happiness Therapy. Chris Kyle méritait-il tant d’honneur et d’abnégation ? Je ne le pense pas, ou alors de façon plus nuancée, mais chacun se fera son avis.

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